La Princesse Priscilla s’est échappée (E. von Arnim)

Les romans d’Elizabeth von Arnim possèdent leur propre rythme, une cadence joyeuse, zigzagante et désinvolte qui entraîne le lecteur dans des aventures charmantes, ridicules et un peu folles. Il faut dire que ses romans sont essentiellement des œuvres de la fuite. Certaines de ces évasions sont purement symboliques et d’autres géographiques (toutes ne tendent qu’à se retrouver soi-même). Tant qu’à s’échapper, autant joindre l’utile à l’agréable et faire tout de suite ses bagages. Un voyage n’est pas plus coûteux qu’un psy et tellement plus dépaysant qu’un divan !

A PROPOS DE L’HISTOIRE – Dans la grande famille des héroïnes « von Arnimiennes », Priscilla fait figure de Candide en jupons. Elle est princesse, belle et sage comme une image. Tout irait pour le mieux dans la meilleure des principautés, si elle n’aimait lire, philosopher et penser. De mauvaises habitudes (nulle n’est parfaite !) qui vont l’amener à faire le mur du palais et à s’enfuir avec son Pangloss personnel alias le grand-bibliothécaire Fritzing. Direction l’Angleterre, la vertu, les cottages, les jardins fleuris, l’étude, la modestie et les œuvres de charité ! Reste que toute reconversion est difficile et que Priscilla, princesse jusqu’au bout des doigts, possède un talent inné pour semer, en toute innocence, le trouble, le désordre et le péché.

[…] je me suis sentie obligée de [raconter l’histoire de Priscilla] du début à la fin, pour avertir tous ceux -princesse ou simple mortel- qui pensent que le bonheur se trouve au loin, sans voir qu’il est tout entier à leurs pieds. Il est même si près qu’on risque de le piétiner ou de lui donner un coup.

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Pour nos deux intellectuels bobos avant l’heure aussi peu doués pour garder un parfait incognito que pour gérer un budget ou toutes questions d’ordre pratique, « descendre l’échelle sociale » va vite s’avérer une entreprise difficile… On peut être bas bleu sans désirer devenir un bas bleu boueux et nécessiteux ! Sans compter que les autochtones auxquels on vient en aide ont une fâcheuse tendance à mal tourner et s’enfuir sur les chemins de la perdition avec vos billets. Et qu’il faudra aussi compter avec une femme de pasteur à la charité dictatoriale, peu portée sur l’indulgence et un rien envahissante ! Rien ne vaut la réalité pour vous dégoûter de tout système philosophique par trop idéaliste ! Si Priscilla et Fritzing avaient lu Voltaire bien des épreuves leur auraient été épargnées mais, il est vrai que, nous, nous nous serions beaucoup moins amusés !

La Princesse Priscilla s’est échappée – Elizabeth von Arnim – Première édition anglaise : 1905 – Mon édition : Bartillat (6 janvier 2022) – 352 pages

4 commentaires

  1. Que voilà une princesse apparemment « hors codes » dont on a envie de faire connaissance. Il faut dire que tes photos, romantiques comme je les aime beaucoup, ne sont pas étrangères à cette envie. Bravo, tu me pousses encore à te suivre dans tes lectures.

    • Merci 🙂 ! Elizabeth von Arnim campe une princesse attachante dont elle brosse un portait tout à la fois malicieux, affectueux et un rien ironique. Les livres et la philosophie ont tourné la tête à Priscilla. Elizabeth von Arnim va s’employer à la ramener sur terre. Les auteurs sont parfois impitoyables avec leurs personnages 🙂 !

  2. Je l’ai ajouté à ma wishlist. Deuxième fois que je croise ce nom, Elizabeth von Arnim. Son écriture devrait me plaire.
    Tes mots sont d’une poésie… Et le roman semble avoir une ambiance, si je ne me trompe pas.

    • Elizabeth von Arnim est un véritable rayon de soleil littéraire ! J’ai eu un coup de foudre pour Avril enchanté qui est un roman débordant de fleurs, de lumière et de joie. Elle raille gentiment ses personnages mais ses railleries sont tendres et bienveillantes. On se sent bien entre ses pages. Lorsque je parcours l’un de ses livres, j’ai l’impression de rentrer à la maison 🙂

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